La fin de l’année approche et même ici, une douce ambiance de fête commence à se faire sentir dans les rues, sur les visages et dans le coeur. Alors pourquoi ne pas profiter de cette fenêtre de douceur pour arpenter les musées de Tokyo ? Et y trouver de quoi nourrir son esprit et s’émerveiller le temps d’une parenthèse artistique.

À Tokyo, les échappées artistiques sont possibles un peu partout. Mais parmi les lieux les plus réputés, il y a Roppongi. Ce quartier huppé et moderne, bordé de hautes tours de verre et de béton à l’ambiance sobrement décalée, est situé entre Shibuya et la Tokyo Tower donc en plein coeur de la capitale.

D’ordinaire, Roppongi est plutôt connu pour sa vie nocturne, ses bars et son relâchement à la nuit tombée. Mais il y a une toute autre façon d’apprécier cet endroit, surtout lorsque le soleil et le ciel bleu sont au rendez-vous.

Alors, avis aux amateurs d’architecture moderne et osée, de formes originales et épurées ou de sobriété effrontément provocatrice, Roppongi est un mélange savamment subtil de tout ça. Simplement arpenter ses rues et lever les yeux vers le ciel découpé par les buildings suffit à sentir la particularité du lieu.

Roppongi, c’est aussi le QG des créateurs, des chercheurs d’inspirations, des citadins bohèmes ou des étudiants des beaux-arts. Surnommé le triangle d’art parce qu’il abrite 3 des plus beaux musées modernes de Tokyo (The Suntory Museum of Art, The National Art Museum et The Mori Art Museum), on peut y passer la journée sans jamais se lasser des expositions en tout genre qui fleurissent à tous les coins de rue.

En ce samedi ensoleillé, j’ai donc décidé de me perdre dans Roppongi et ses musées, de m’émerveiller et de me laisser guider par la légèreté d’une journée des plus contemplatives.

J’ai commencé mon petit périple en m’arrêtant au National Art Museum, attirée par une exposition sur la joaillerie Cartier, Cristalization of Time. Je ne me suis jamais trop intéressée à la joaillerie, trouvant cet art parfois un peu trop chargé, voire superficiel. Mais après tout, l’art n’est-il pas superficiel par simple définition ? J’ai donc vu cette exposition comme l’occasion de me plonger dans un univers qui m’est peu connu, impatiente d’être surprise et peut-être même séduite. Et en effet, je ne fus pas déçue, au contraire. L’exposition est magnifiquement pensée et agencée pour guider le visiteur dans les détails et les subtilités de la joaillerie pensée à travers le prisme du temps. Montres, horloges, diadèmes, colliers, bagues, broches, bracelets et autres chefs-d’oeuvre de précision sont exposés. Il y a tellement d’objets qu’on en oublierait presque leur singularité. L’exceptionnel devient banal, mais un banal positif. L’exceptionnel se rend accessible : on peut appréhender la complexité de cet art des plus subtils qui derrière son arrogante opulence est en fait le simple fruit du regard de l’homme sur ce qui l’entoure. Afin de faire comprendre au visiteur les facettes de cet art, l’exposition est découpée en trois thèmes, chacun illustré par de nombreuses pièces. Ainsi, l’harmonie des couleurs, l’arrangement des formes et l’inspiration des paysages exotiques sont les trois axes autour desquels je fus invitée à penser le bijou.

Mais le bâtiment qui abrite le musée est aussi une merveille architecturale, mélangeant verre et béton en créant des géométries originales et très photogéniques.

Le second musée de ma virée n’est autre que le Mori Art Museum, un musée innovant perché au 53ème étage de la Mori Tower qui trône sur le quartier de Roppongi. Ce musée abrite des expositions temporaires fouillées et recherchées, inspirées de tous types d’art et de créations. L’exposition alors en cours s’intitulait The Future and The Arts.

Alors que ce nom m’évoquait d’abord des innovations artistiques pour une redéfinition du concept d’art, c’est en fait l’intervention de l’art dans le quotidien du futur qui est présentée. L’art ou plutôt les formes d’art se confondent avec les nouvelles manières de penser l’architecture, l’alimentation, les villes, la mobilité ou encore la communication des prochaines décennies.

Les projets futuristes se mélangent aux expérimentations déjà en cours et invitent à repenser que le quotidien de l’homme est à l’aube d’une profonde mutation imposée. En même temps que ces changements peuvent être perçus comme violents et submergeants, ils peuvent aussi être le lieu d’un élan créatif et infiniment optimiste tourné vers une meilleure appréhension et compréhension de notre environnement. C’est en tout cas ce que je retiens de cette exposition.

Enfin, pour terminer cette journée riche en découvertes et inspirations, je choisis de me rendre au 21 21 Design Sight. Ce lieu a été pensé comme un écrin pour accueillir les plus belles pièces de design du pays dans le cadre d’expositions à thème. Le musée-même se tient dans le jardin du centre commercial épuré et chic Tokyo Midtown. La modernité, la pureté des formes et des tons est de mise, soulignant la réelle complexité d’un agencement en apparence si simple. L’exposition en cours se proposait de retracer le parcours créatif qui donne naissance à un objet de design, que cela soit un outil, un meuble, un logo ou encore un motif. À travers les travaux de plusieurs designers japonais, on est amené à penser ce processus de création, à l’intérioriser pour en extraire nos propres idées ou réflexions.

Cela m’a notamment permis de réfléchir sur la notion-même d’objet, qui est le lieu d’expression du design. Tout objet est design et tout design est objet. Cela m’a amené à penser l’objet autrement : utile, pratique, décoratif, nécessaire, biographique, interpelant ? Et aussi à comprendre la relation entre un objet et son créateur, ce que l’un révèle de l’autre et comment l’un influence l’autre. L’objet, bien qu’il peut s’apparenter à une création entièrement pensée et réfléchie ne l’est en fait que partiellement. Son processus de création peut ne jamais s’arrêter, tant les possibilités sont infinies : choisir et créer un objet, c’est alors aussi raconter quelque chose, choisir un moyen d’expression plutôt qu’un autre.

Ma journée s’est achevée par les illuminations de Noël de Tokyo Midtown, de quoi prolonger un peu la parenthèse artistique.

Pour en voir plus >> Galerie Photos de Roppongi

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